Refonte graphique: Passer du chiffre à la réalité

Les données ne sont pas que des chiffres.

Alors qu’un chiffre est qu’une abstraction, une donnée est la quantification d’une réalité ou d’une idée. On pense à vingt-cinq pour cent de femmes, à un million de dollars, à 130 km/h.

La visualisation de données est donc dépendante du sujet que représentent les données. Elle doit donner forme à cette réalité et respecter le sujet. Le designer d’information doit donc prendre en considération la nature de la donnée lorsqu’il fait des choix de design.

Prenons par exemple le graphique ci-dessous tiré d’un article de Radio-Canada sur la proportion d’hommes parmi les enseignants du primaire au Québec. Il s’agit d’une représentation correcte des chiffres qui sous-tendent le graphique. Pourtant, quelque chose manque, car le visuel ne renforce pas le message, soit que bien peu d’hommes enseignent au primaire. Il ne dit qu’une chose, soit que la tendance est assez stable, ce que l’article traite comme une information secondaire.

 

Ce qu’il manque est une échelle qui mettrait en perspective visuelle cette proportion d’hommes, qui la mettrait en contexte en gardant en tête la réalité que représente le chiffre. La refonte ci-dessous met l’accent sur la petite taille du 12%, puisqu’il s’oppose aux 88% de femmes.

La même situation se produit plus loin dans l’article où un graphique à ligne brisée similaire rapporte le pourcentage d’étudiants masculins en enseignement. Ironiquement, la ligne apparaît plus haute dans le graphique parce que l’échelle est moindre, alors que le message est au contraire que cette proportion est encore moindre que celle des enseignants en poste. Au moins cette fois, la stabilité est mentionnée dans l’article comme une donnée importante.

L’adoption d’un graphique à colonnes empilées règle encore là le problème, mettant en exergue la petitesse de la proportion d’étudiants masculins, tout en utilisant la même échelle que l’autre graphique (0-100%), montrant donc que cette proportion est encore moindre. Remarquez aussi qu’en gardant la largeur des colonnes à peu près similaire, on indique automatiquement à l’auteur que ce graphique contient plus de données que le précédent, ce qui n’était pas visible dans l’original.

Les deux graphiques originaux de Radio-Canada n’étaient pas faux. Mais ils traitaient les données comme de simples chiffres, obscurcissant leur message et la réalité qu’elles représentent.